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succès
Le grand saut
Puis la bulle technologique a éclaté. Sept
mois se sont écoulés, et Éric a racheté seul
eFundraising au coût de deux millions de
dollars avant de la revendre l’année suivante
– encore avec profit — à Reader’s Digest
qui lui a demandé de rester en poste. Il l’a
fait jusqu’en avril 2007, un mois après que
Ripplewood eut fait l’acquisition de Reader’s
Digest. « J’ai quitté eFundraising pour
fonder le Groupe Digital Stingray inc., une
firme spécialisée dans les médias numériques,
avec mon associé, Alexandre Taillefer,
l’âme de Nurun et d’Hexacto qui a aussi
travaillé pendant cinq ans chez Quebecor. »
Éric Boyko s’enflamme lorsqu’il parle du riche
potentiel de Stingray. Leur première acquisition
a été celle de Soundchoice, la plus
grosse compagnie de karaoké en ligne au
monde avec son catalogue de 16 000 chansons.
Le Karaoke Channel sur le câble leur
appartient. Cette chaîne spécialisée compte
plus de 25 millions d’abonnés aux États-
Unis. Les deux associés ont ciblé de nouveaux
câblodistributeurs, dont Vidéotron,
Cogeco, Rogers, Shaw ainsi que plusieurs
autres partout dans le monde. Il s’agit pour
l’heure d’un marché de 100 millions de dollars
en Amérique du Nord et de 7 milliards
du côté de l’Asie.
Vive la liberté !
Financièrement autonome, Éric Boyko ne
possède pas de château, d’avion personnel,
de puissant croiseur ni de maison de campagne
huppée même s’il en a les moyens.
« Notre société nous pousse à surconsommer
» souligne-t-il. Même si plusieurs
de ses amis lui suggèrent de s’acheter un
gros chalet, une grande maison ou un plus
vaste condo, il résiste. Il ne veut pas devenir
esclave de possessions matérielles qui
nécessitent un minimum de surveillance et
d’entretien. Il y perdrait sa liberté chérie.
Par contre, lorsqu’il a envie d’un havre de
paix, il loue une maison de campagne.
Planifie-t-il une retraite anticipée ou encore
songe-t-il à fonder une famille ? « J’ai beau
connaître du succès dans les affaires, je ne
planifie pas beaucoup dans la vie, répond-il.
La déconfiture des
entreprises « point com » au
tournant du XXI e siècle n’a
causé aucune inquiétude
à Érik Boyko. Au contraire.
« Il y a eu dans l’histoire du
monde cinq bouleversements
majeurs : le bateau-vapeur, le
chemin de fer, la révolution
industrielle, l’automobile
et l’avion. Et maintenant
Internet. Le cycle est
toujours le même : un boom
suivi successivement d’une
période de dépression et une
autre de prospérité pendant
quarante ans. Internet vivra
dans l’abondance durant
les quarante prochaines
années. »
Je n’ai pas prévu être marié et père de trois
enfants à 45 ans. Je n’ai pas de plan de carrière,
moi qui, dans ma jeunesse, ai souvent annoncé
que je deviendrais premier ministre du
Canada. Disons que le cynisme des gens et
surtout leur agressivité envers les politiciens
ont de quoi me refroidir. Je ne sais pas… J’ai
toujours dit qu’une de mes ambitions dans la
vie était de pouvoir améliorer des choses, de
faire une différence. Autrefois, j’ai cru que ce
serait dans la peau d’un politicien. J’y arriverai
peut-être, mais d’une autre façon. »
Érik Boyko doit se rendre bientôt au Maroc
pour affaires et il en profitera pour faire un
peu d’escalade dans les montagnes Atlas,
sur la côte. Il arrive d’un récent séjour dans
l’archipel norvégien de Svalgard, le point le
plus nordique d’Europe, là où une randonnée
pédestre se fait armé d’un fusil au cas
où l’on croiserait des ours polaires. Pragmatique,
vif, fonceur et toujours en mouvement,
il doit son succès à une solide détermination
et à un gros bon sens. Garder les
deux pieds sur terre est, selon lui, une des
conditions de la réussite.